Le tile-running part d'une idée toute bête : la carte est découpée en carrés, et tu débloques ceux que tu traverses en courant. Rien à lancer, rien à cocher — tu cours, la carte se remplit. Derrière cette mécanique de gamin se cache un moteur de motivation redoutable, né chez les cyclistes il y a dix ans. Voici comment ça marche, et comment t'y mettre.
Le principe : une grille, des carrés, un territoire
Imagine un calque posé sur la carte du monde : une grille régulière, découpée en carrés de taille identique. Chaque carré a deux états. Gris : tu n'y as jamais posé les pieds. Débloqué : tu l'as traversé. Ta trace GPS suffit à faire basculer l'un dans l'autre, et c'est définitif — un carré conquis reste conquis.
À partir de là, deux plaisirs se superposent. Le premier est immédiat : voir la couleur s'étendre après chaque sortie. Le second est plus retors : repérer les trous. Ce carré resté gris au milieu de ton quartier, cette rue que tu as toujours contournée sans y penser — d'un coup, ça devient une contrariété. Et une excellente raison d'aller courir.
D'où ça vient ? Une idée née chez les cyclistes
Le concept a été popularisé en 2015 par VeloViewer, un outil d'analyse d'activités créé par Ben Lowe. Ses « Explorer Tiles » découpent le monde en tuiles d'environ un kilomètre de côté, et la communauté cycliste s'est prise au jeu : compléter une zone, agrandir son plus grand carré plein, aller chercher la tuile manquante à l'autre bout du département. D'autres outils ont suivi, et le « tile hunting » est devenu un sport parallèle.
Sauf qu'une tuile d'un kilomètre, c'est calibré pour le vélo. À pied, l'échelle ne colle plus : tu peux traverser tout un quartier, enchaîner cinq rues nouvelles, et ne voir la carte bouger qu'à peine. Le running demande une maille beaucoup plus fine.
Pourquoi la mécanique fonctionne aussi bien
Ce n'est pas juste une jolie carte. Le tile-running coche quatre cases que peu d'objectifs sportifs réunissent :
- Un objectif clair et local. « Compléter le nord de mon quartier » est beaucoup plus concret, et plus atteignable, qu'un objectif chiffré abstrait.
- Une progression qui ne recule jamais. Aucune série à ne pas briser, aucun niveau à entretenir. Tu peux t'arrêter trois semaines : tes carrés t'attendent.
- L'appel de l'inachevé. Un trou au milieu d'une zone complétée est presque physiquement désagréable. C'est le même ressort que la case vide d'une grille : on veut la remplir.
- Un jeu contre la carte, pas contre les autres. Tu ne cherches pas à aller plus vite que quelqu'un. Tu cherches à aller là où tu n'es jamais allé — et ça, tout le monde peut le faire à son rythme.
Résultat : la question « où courir aujourd'hui ? » a enfin une réponse, et elle change à chaque sortie.
À l'échelle de la course : les carrés de 100 mètres
C'est le pari de RunQuest : une grille de carrés de 100 mètres de côté, pensée pour la foulée et pas pour le coup de pédale. À cette échelle, une rue compte. Une venelle piétonne, un détour de deux cents mètres, un tour de pâté de maisons : tout se voit immédiatement sur la carte. L'exploration redevient un jeu de précision plutôt qu'une affaire de gros kilométrage.
Côté usage, il n'y a rien à changer à tes habitudes. L'application se connecte à ton compte Strava et récupère tes sorties ; tu cours avec ta montre ou ton app habituelle, et les carrés se débloquent tout seuls. Pas d'app de plus à lancer pendant l'effort. La grille couvre la France comme l'étranger, donc un week-end ailleurs compte aussi.
Tile-running, CityStrides, Squadrats… lequel choisir pour courir ?
La question revient tout le temps, et la réponse honnête est : ça dépend de ce que tu veux voir se remplir. Ces outils ne mesurent pas la même chose. Certains comptent des tuiles, un compte des rues, un autre des kilomètres de route. Trois jeux différents sous une même étiquette.
| Outil | Ce que tu remplis | Taille de la maille | Pensé pour |
|---|---|---|---|
| RunQuest | Des carrés sur une grille | 100 m de côté | La course à pied, en France et à l'étranger |
| VeloViewer | Des « Explorer Tiles » | ≈ 1 à 1,5 km de côté | Le vélo — c'est l'outil d'origine, depuis 2015 |
| Squadrats | Des squadrats, et des squadratinhos plus fins | ≈ 1,5 km · ≈ 186 m pour les squadratinhos | Le vélo d'abord, mais la maille fine marche à pied |
| Statshunters | Des tuiles, plus beaucoup de statistiques | Maille tuile classique | Ceux qui veulent des chiffres autant qu'une carte |
| CityStrides | Des rues entières, pas des carrés | Sans objet — l'unité est la rue | Le projet « courir toutes les rues de ma ville » |
| Wandrer | Des kilomètres de routes jamais empruntées | Sans objet — l'unité est le kilomètre | Maximiser le pourcentage de routes couvertes |
Comparatif établi en août 2026 à partir des informations publiques de chaque service. Les tailles de tuile varient avec la latitude : une grille projetée en Mercator ne donne pas la même dimension au sol à Lille et à Marseille. CityStrides et Wandrer s'appuient sur les données OpenStreetMap. Vérifie les offres à jour chez chacun avant de choisir.
Ce que ça change concrètement
Si tu roules, prends une tuile d'un kilomètre. VeloViewer, Squadrats et Statshunters sont taillés pour ça, avec des communautés installées et des classements qui vont avec.
Si tu veux cocher des rues, CityStrides est le bon outil. Attention : une rue ne compte que si tu la fais en entier, impasse comprise. C'est un jeu de complétionniste, exigeant et satisfaisant, mais ce n'est pas le même plaisir qu'une carte qui se colore à chaque sortie.
Si tu cours et que tu veux voir bouger ta carte à chaque sortie, il te faut une maille fine. À pied, les squadratinhos (≈ 186 m) sont l'option la plus proche ; RunQuest descend à 100 m et ajoute ce qu'aucune grille seule ne donne : ta progression lue en communes, départements et régions. « J'ai débloqué 62 % de ma commune » veut dire quelque chose. « J'ai 340 tuiles », beaucoup moins.
Et surtout : ces outils ne s'excluent pas. Ils lisent tous tes sorties Strava, tu peux en essayer deux et garder celui dont la carte te donne envie de sortir.
Une carte de tes sorties, ça reste intime
Autant le dire clairement : la liste des endroits où tu cours, aux heures où tu cours, ce n'est pas une donnée anodine. Dans RunQuest, ton territoire est privé par défaut. Il n'appartient qu'à toi. Si tu as envie de montrer un quartier fraîchement complété, tu le partages — c'est un geste volontaire, jamais un réglage à aller désactiver après coup.
Comment t'y mettre dès ta prochaine sortie
Trois étapes, et la première fait le plus gros du travail :
- Connecte ton compte Strava. Tes sorties passées remontent aussi : ta carte n'est pas vide au démarrage, tu découvres d'entrée le territoire que tu avais déjà conquis sans le savoir.
- Repère un trou près de chez toi. Ouvre la carte, cherche le gris le plus proche. Il y en a toujours plus près que tu ne l'imagines.
- Va le chercher. Une seule règle pour cette sortie : passer par là où tu ne passes jamais.
Le reste vient tout seul. Au bout de quelques semaines, tu ne regardes plus seulement ta distance en rentrant : tu regardes ce qui s'est coloré.
Les questions qu'on nous pose sur le tile-running
Le tile-running, ça remplace Strava ?
Non, et c'est même l'inverse : RunQuest a besoin de Strava pour fonctionner. Tu continues d'enregistrer tes sorties comme d'habitude, avec ta montre ou ton app. RunQuest récupère la trace et colorie les carrés. Rien de plus à lancer pendant que tu cours.
Quelle taille de carré pour la course à pied ?
La tuile historique d'un kilomètre vient du vélo : à pied, tu peux courir une heure sans en changer. Il faut descendre nettement plus bas pour que la carte réagisse à chaque sortie. RunQuest utilise des carrés de 100 mètres de côté : à cette échelle, un détour par une rue voisine se voit tout de suite.
Est-ce que mes anciennes sorties comptent ?
Oui. À la connexion de ton compte Strava, ton historique est repris et ta carte démarre déjà remplie. C'est souvent le meilleur moment de l'installation : tu découvres le territoire que tu avais conquis sans le savoir — et les trous que tu n'avais jamais vus.
Faut-il courir un carré en entier pour le débloquer ?
Non. Le traverser suffit. C'est la différence avec les outils qui comptent des rues complètes, où une impasse oubliée laisse la rue non validée. Ici, tu passes, c'est pris — et c'est définitif.
Ça marche en dehors de la France ?
La grille est mondiale, donc tes sorties à l'étranger débloquent des carrés comme les autres. La progression détaillée par commune, département et région, elle, est française pour l'instant : à l'étranger tu vois tes carrés et les pays traversés.
Qui peut voir où je cours ?
Personne. Ton territoire est privé par défaut. Si tu veux montrer un quartier fraîchement complété, tu le partages — c'est un geste volontaire, jamais un réglage à aller désactiver après coup. La carte de ses sorties dit où on habite et à quelle heure on sort : ça ne se publie pas tout seul.
Peut-on faire du tile-running à vélo ou en marchant ?
La marche fonctionne bien : le rythme de déblocage reste proche de celui de la course. Le vélo, en revanche, avale une grille de 100 mètres beaucoup trop vite pour que le jeu garde son intérêt — c'est justement pour ça que les outils vélo utilisent des tuiles kilométriques.
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